CM Villiers 18/06/2015 - partie 2


Prendre la marée…

définition : en rugby, se dit d’une équipe qui est submergée sans ménagement par l’adversaire dés la mise en jeu…
Cette expression colle parfaitement à ce qui s’est passé Jeudi soir (18/06/15) pour l’ACPV lors des questions du public à la suite du conseil municipal.
Les enregistrements sonores sont disponibles à l’écoute en fin d’article.
En première ligne, Serge Lachin a interpellé les conseils sur les nouveaux aménagements d’horaires qui ‘libèrent’ le vendredi après-midi des maternelles. Il a voulu (sans doute dans un moment de folie douce) aborder la question du coté de l’intérêt des enfants, leur fatigue, leur rythme de récupération… Il n’y a eu aucun conseiller pour abonder dans son sens, il a du écouter le récit mécanique de M. Stéphane Bibard sur le processus irréprochable de concertations entre mairie et enseignants, sur les impossibilités de gérer en parallèle des NAP (activités périscolaires) sur Brossolette et Malraux. M. Bibard a fait mine de hausser le ton, offusqué que l’on puisse remettre en cause une mesure si durement négociée. Les intervenants n’ont pas répondu à la question posée. A plusieurs reprises, Serge a essayé de remettre le sujet sur les rails mais sans succès.
Ainsi les esprits étaient déjà un peu agacés, d’autant plus qu’il commençait à se faire tard. On sentait l’impatience de rentrer à la maison et profiter enfin d’un bon petit plateau télé lorsque j’ai embrayé sur notre demande d’organiser un débat public au sujet du futur budget 2016.
Ce budget, à n’en pas douter, aura de forts impacts sur les Villiérains. C’est sans doute le dossier  le plus important à traiter à court terme. Ces raisons imposent, à nos yeux, qu’il soit discuté en profondeur et à l’avance avec les Villiérains eux-mêmes.
Là, ce fut tout de suite l’unanimité, majorité et oppositions confondues.
Unanimité parfaite, la sainte union contre cette proposition. Unanimité particulièrement affirmée et virulente. A tour de rôle, de nombreux conseillers sont intervenus pour m’expliquer à quel point j’étais hors sujet.
En fait pour tout dire, j’ai été fermement remis à ma place par tout le conseil, uni comme un seul homme. Une vraie marée d’équinoxe…
Oui, on m’a remis à ma place. La place réservée à un quidam naïf, ignorant et donneur de leçon. Le jugement a été sans appel et définitif sans aucune voix un tant soit peu empathique. Aucune.
Pas un geste ou un mot de soutien.
On m’a donc expliqué en détail à quel point je faisais fausse route et à quel point ma demande était insultante vis-à-vis du travail et du dévouement exceptionnels dont tous font preuve au quotidien.
Ils m’ont rappelé qu’en tant qu’élus, leur mandat ne les obligeait aucunement à débattre avec les citoyens sur les décisions à prendre. En votant pour eux, les citoyens de Villiers leur ont, semble-t-il, signé une procuration sur 6 années qui leur laisse les mains totalement libres quelles que soient les circonstances.
Ils m’ont affirmé avoir maintes fois tenter des expériences favorisant la participation des citoyens, au niveau de la municipalité sur des sujets comme l’école, dans le cadre d’associations, de syndicats… et devinez quoi? tout a toujours échoué lamentablement. Pas de leur fait, bien sûr mais à cause de l’inertie et de l’indifférence des citoyens.
Ils sont catégoriques : les citoyens se désintéressent totalement des affaires de la commune, d’ailleurs, ils n’y connaissent rien. Et en plus certains vont jusqu’à se plaindre par dessus le marché!
Ils m’ont bien expliqué tout cela, chacun à sa manière, s’approuvant les uns les autres et j’ai compris à quel point ma demande était celle d’un ingrat, d’un ignare et à quel point elle insultait l’intelligence et le dévouement de ce conseil, modèle de vertu.
Absents, ingrats, égocentriques, concentrés sur nos petits nombrils, étrangers à toute idée favorable au bien commun et à la communauté… Voilà le tableau qui est fait de nous, voilà comment ils nous voient, comment ils parlent de nous, y compris en notre présence, y compris en sachant qu’ils sont enregistrés.
Pas un conseiller n’a tenté d’atténuer ce constat sans appel :
on sait de quoi on parle, cela fait des années et des années que nous sommes en charge. L’expérience, Monsieur Moreau, notre expérience à comparer avec votre insignifiance. Les citoyens? on a tout essayé mais il n’y a vraiment
rien à en tirer.
Comme je montrais encore quelques résistances, il a bien fallu utiliser l’arme fatale : le procès d’intentions. C’est magique! Pas besoin de se fatiguer à écouter son adversaire pour construire des arguments contre les siens. Non, on prend une page blanche, on y écrit librement sa petite idée délirante sur les ‘vraies’ intentions qui se cachent même inconsciemment dans la tête du pauvre simplet (moi) et on l’attaque sur ces nouveaux postulats fabriqués à façon. On fait les questions et les réponses. Figurez-vous que sans le savoir, j’ai peut-être participé au déclenchement de la guerre de 1870! Si c’est possible (pour s’en convaincre il faudra écouter l’intervention de M. Poinse). Peut-être qu’avec ma manie de ‘tronquer’ la vérité, j’entraîne le monde occidental dans le chaos. Mon Dieu.
Voici la leçon que l’on m’a donnée à apprendre :
Contrairement à ce qui est écrit dans la déclaration des droits de l’homme, il existe non pas un ensemble de citoyens égaux en droits mais deux catégories bien distinctes : d’un coté, les élus, citoyens avec pouvoirs, ‘cultivés’ ayant la main sur toutes les décisions à prendre sans avoir à rendre des comptes puisque mandatés par le peuple et dévoués corps et âme comme des saints laïques à leur mission et de l’autre, les électeurs, volontairement sous informés, légitimement tenus à l’écart car ne manifestant aucun intérêt pour la chose publique. Citoyens de première classe et électeurs de seconde zone.
Voilà, c’est la triste réalité, il faut l’accepter. Et finalement, c’est très bien comme ça, laissez nous faire notre boulot, tranquilles.
Même Mme Huguette Langer – que je n’ai pas le plaisir de connaître – dont le visage rayonne en permanence d’un vrai sourire. On sent en elle une bienveillance naturelle et bien, même elle vient m’expliquer mon erreur, cette séparation des rôles que je ne perçois pas, cet ordre naturel des choses qui m’échappe, ce système à deux vitesses qui devrait me sauter aux yeux. C’est quand même pas si difficile à comprendre.
C’est cette intervention qui, pour moi, aura été finalement la plus marquante car elle montre ce que le système représentatif dans lequel nous vivons, faussement représentatif et faussement « démocratique », nous impose :
une citoyenneté coupée en deux entre la classe qui domine, qui sait, qui protège ses prérogatives et qui gère avec la bonne conscience digne d’une oeuvre de bienfaisance le reste de la population, la masse inculte, paresseuse, les légumes dont il faut tous les 6 ans arracher, comme une mauvaise herbe, le vote pour garantir un vernis de légitimité.
Certains pourront à juste titre faire remarquer que ce n’est pas un scoop. J’enfonce des portes ouvertes.
Je le reconnais mais contempler ainsi cette fracture ouverte au sein d’une commune dont la taille pourrait permettre de vrais rapports de proximité, détachés des réflexes ringards de la plus basse politique politicienne, y être directement confronté conduit à un inévitable sentiment de gâchis.
Mais, comme toujours et comme partout, des personnes s’entêteront à vouloir faire bouger les choses dans un sens différent. Sur ce coup-là, les membres de l’ACPV en font partie.
Nous continuerons à appuyer nos demandes de débats et de transparence, jusqu’à ce que les esprits les plus fermés lâchent prise.
Nous continuerons d’affirmer qu’il est nécessaire que les citoyens de Villiers soient correctement et complètement informés. Nous mettrons chaque conseiller au pied du mur en leur demandant de communiquer tous les documents bruts sur tous les dossiers importants qui concernent la commune et qui passent entre leurs mains. Nous leur mettrons en place un partage réseau sur l’Internet qui leur permettra de le faire sans contraintes et sans coûts.
Nous prendrons toutes sortes d’initiatives pour reprendre pied… à marée basse.
acpv_avatarPhilippe Moreau
Enregistrements sonores :
Intervention SERGE LACHIN

Intervention PHILIPPE MOREAU